Avec la permission des auteurs, nous citons quelques extraits du remarquable travail de Pascal Duplessis et Philippe Parrain, "NOTICES DE MYTHOLOGIE ANGEVINE", écrites à l'occasion du XXIème congrès de la Société de Mythologie Française.

 

ANGERS : QUELQUES REPERES MYTHOLOGIQUES

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Angers se présente également - en opposition avec "l'Anjou blanc", celui du tuffeau, du Saumurois - comme la "ville noire" à laquelle la sombre ardoise confère sa tonalité. C'est ce que semble vouloir confirmer le nom des deux figures pour ainsi dire homonymes qui dominent la ville : saint Maurice, auquel la Cathédrale est dédiée, et saint Maurille, qui en occupa le siège épiscopal. Et l'on retrouve la même racine, synonyme de noirceur, dans le nom de sainte Maure ; originaire d'Ecosse, autrement dit d'Albanie, elle vint à Angers pour rencontrer saint Aubin dont le nom est, lui, porteur de blancheur et qui apporte effectivement la lumière puisqu'il rend la vue à plusieurs aveugles. On peut rappeler, pour peaufiner le tableau, que les deux grandes abbayes qui ont dominé l'Anjou ne sont autres que Saint-Maur et Saint-Aubin, tandis que la proche rivière de l'Aubance trouve sa source aux pieds (ou, paraît-il, à l'intérieur même) de l'église consacrée à saint Maurice, à Louerre.

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Gargantua est réputé avoir visité Angers : après s'être rendu à Saint-Maur, il vint se mesurer au géant Maury, qui résidait à Pruniers et qui avalait bateaux, bateliers et cargaisons sur la Maine. Pour ce faire, Gargantua s'adossa au rocher de la Baumette, là précisément où Rabelais est censé avoir séjourné. Puis il s'en vint au Pré-de-Maine, non loin du passage sur la Maine. Et les Angevins lui ont en retour rendu visite au Mont Saint-Michel où ils lui offrirent quelques bonnes barriques de vin d'Anjou , ils reçurent en échange son cure-dent, un os de baleine qui figurera longtemps sous le porche de la cathédrale Saint-Maurice avant d'aboutir au musée d'Histoire naturelle de la ville.

 

  LIRE : UNE PETITE SAINTE-BAUME A ANGERS: LE COUVENT DE LA BAUMETTE

 

Saint Maurille, disciple de saint Martin, commença par s'illustrer en luttant contre les démons et en attirant le feu du Ciel sur les anciens cultes. Il fut également gratifié d'une apparition de la Vierge au Marillais, à la suite de laquelle un collège de druidesses se trouva converti. Ce fut là l'origine de la fête de Notre-Dame Angevine par laquelle se célèbre dans le monde entier la naissance de Marie.

La réputation de Maurille lui valut d'être nommé évêque d'Angers. Un jour, une femme se plaignit auprès de lui de ne pas avoir d'enfant. Maurille pria, et la femme fut exaucée. Mais lorsqu'elle vint à la cathédrale pour lui demander de baptiser son fils, Maurille disait sa messe et temporisa. Entre-temps l'enfant mourut. Ecrasé par le remords, Maurille se sentit indigne de sa charge et abandonna tout. Il partit, emportant avec lui les clefs de la cathédrale, et s'embarqua vers l'Angleterre où il trouva un emploi de jardinier.

Sept années passèrent, mais les Angevins se montraient inconsolables de la perte de leur évêque. Lorsqu'une prophétie menaça la ville de destruction, ils s'embarquèrent à leur tour vers l'Angleterre. Une pêche providentielle leur livra les clefs de la cathédrale que Maurille avait jetées à la mer et qu'un poisson avait avalées. Enfin ils retrouvèrent la trace de leur évêque et réussirent à le convaincre de revenir. Aussitôt Maurille se rendit à l'église Saint-Pierre où l'enfant avait été inhumé, et il se mit en prière. Bientôt l'enfant, désormais âgé de sept ans, se releva, plein de vie. Maurille le baptisa sous le nom de René, "à nouveau né", et le prit sous sa gouverne jusqu'à ce qu'il se fasse ordonner prêtre et prenne la succession de Maurille à la tête de l'évêché, avant d'être honoré en tant que saint René.

Les miracles se multiplièrent sur la tombe de Maurille en I'honneur duquel fut édifiée l'église Saint-Maurille et qui devint le patron principal du diocèse avant de céder la place à saint Maurice.

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La vie de saint Aubin (469-550) fut moins haute en couleurs que celle de saint Maurille. Il n'en opéra pas moins de nombreux miracles, tant de son vivant qu'après sa mort. Originaire du Vannetais, il devint abbé d'un monastère à Nantilly, près de Saumur, avant d'être élevé au titre d'évêque d'Angers, et il s'illustra notamment par son combat contre les mariages incestueux. Son corps, d'abord déposé en l'église Saint-Pierre, fut translaté dans un sanctuaire dédié à Saint Germain d'Auxerre, qui prit bientôt le nom de Saint-Aubin et où les moines de Saint-Maur établirent une abbaye.

  LIRE : UN GEANT PARMI LES SCULPTURES DU CLOITRE SAINT-AUBIN

En un début du mois de mars, de retour du deuxième concile d'Orléans, Aubin accueillit à Angers saint Melaine, évêque de Rennes, saint Victor, évêque du Mans, saint Lô, évêque de Coutances, et saint Mars, évêque du Mans. Ce dernier, pour respecter le jeûne du Carême, ou bien "pour quelque indignation qu'il avoit" (Chroniques dAnjou et de Maine), refusa de partager le pain "de charité" bénit par Melaine au moment de leur séparation, et le garda caché sur lui ; quand, en chemin, il avait voulu le prendre, l'eulogie se serait changée en "ung horrible serpent qui s'estoit lyé autour de son corps" , sollicité par le malheureux repentant, Melaine accepta de rendre au pain sa forme première, non sans avoir d'abord envoyé le pauvre Mars implorer le pardon de saint Aubin à Angers et de saint Victor au Mans ; Mars en aurait été publiquement humilié et, renonçant à sa qualité d'évêque, serait devenu le diacre soumis de saint Melaine.

Le lieu qui fut le théâtre de cette réunion des cinq évêques est réputé être le premier établissement religieux de la ville : les premiers chrétiens s'y réunissaient, dit-on, au fond des bois, dans une chapelle souterraine dédiée à la Vierge, et ils auraient un jour échappé aux païens qui les traquaient grâce à un buisson de ronces et d'épines subitement poussé pour les dérober aux regards. Telle est une des explications de la désignation du "Ronceray" qui allait plus tard être donnée à l'église bâtie sur ce même site.

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Si le personnage d'Aliénor d'Aquitaine semble avoir servi de modèle pour le développement du personnage de Mélusine, les comtes dAnjou, et en particulier les Plantagenêt ont, eux aussi, revendiqué l'ascendance d'une fée : Roscille, l'épouse de Foulques le Roux, qui, contrainte d'assister à la messe jusqu'à la consécration et aspergée d'eau bénite, se serait envolée, abandonnant son manteau aux mains de ses gardes et laissant traîner derrière elle une révélatrice odeur de soufre ; il n'en faudrait pas plus pour expliquer, selon certains, le caractère diabolique de ses descendants, et Richard Coeur de Lion lui-même en convenait : "Du diable nous venons et au diable nous retournons".

Au demeurant l'épisode, qui figure dans de multiples sources, est aussi attribué à plusieurs aïeules d'Henri Il Plantagenêt, voire d'Aliénor d'Aquitaine, toutes épousées dans la précipitation et pour leur seule beauté physique, dans l'ignorance de leurs origines. Et, quatre générations après Foulques le Roux, Foulques le Réchin épouse une autre femme sulfureuse, Bertrade de Montfort, réputée pour ses dons de clairvoyance et excommuniée par le pape pour avoir rejoint le roi Philippe ler, et dont on a dit que, bâtisseuse, elle était à l'origine de l'actuelle cathédrale dAngers, ainsi que des fortifications du château.

Foulques Nerra ("le noir") reste une figure marquante et pleine de contradictions de la région. Comte dAnjou en l'an 1000, il se montra violent et tyrannique, en même temps que courageux et magnanime.Ses multiples dons et fondations - dus sans doute à la peur du châtiment éternel plus qu'à une sincère dévotion - lui ont valu la reconnaissance de la postérité. C'est à lui notamment que l'on doit l'abbaye Saint-Nicolas : elle est le fruit d'un voeu fait au coeur d'une tempête, lors d'un de ses trois pèlerinages à Jérusalem. Et l'emplacement lui en aurait été dicté par la vue d'une colombe transportant du ciment dans son bec.Un jour que Foulques Nerra descendait du château vers la Maine pour aller inspecter l'état d'avancement des travaux, son cheval aurait fait un faux pas et se serait cassé le boulet. Telle serait l'origine de la fontaine de Pied-Boulet, autrefois connue sous le nom de "Fontaine Bouillante". Stratégiquement située au pied du rocher, au point de franchissement de la Maine, cette fontaine surgie d'un sabot de cheval se rattache au thème du passage, d'autant plus qu'une statue de saint Christophe figurait également sur la façade d'une maison proche.

L'abbaye du Ronceray fut fondée sur l'emplacement d'une ancienne chapelle dédiée à la Vierge, Notre-Dame-sous-Terre, à l'initiative de la comtesse Hildegarde, sur un signe du ciel : son mari, Foulques Nerra, la soupçonnant d'infidélité, l'avait poussée d'une fenêtre du château, et elle avait été miraculeusement portée jusqu'en ce lieu, au-delà de la Maine.

Les ouvriers découvrent alors une statue de la Vierge enfouie dans un roncier (à moins que cette découverte ne soit plus ancienne), ce qui fournit une nouvelle explication pour le nom de Ruines de l'église Saint-Laurent "Ronceray" donné à cette abbaye primitivement connue comme "Notre-Dame-de-Charité". Un pied de ronce, toujours vert, a longtemps poussé, et repoussé lorsqu'on le taillait, à travers un vitrail pour se rapprocher de la statue de la Vierge .

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SAINT MAUR AU MONASTERE DE GLANFEUIL

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De l'église Saint Sauveur de Glanfeuil, disparue à la fin du 19ème siècle, il nous reste la grande croix recouverte d'entrelacs, dite "carolingienne", bien que datée de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle. Sur le registre inférieur, deux séries de deux métopes gravées représentent un bestiaire fabuleux plutôt inhabituel, en l'espèce de deux griffons ailés à queue de castor.

 

 

 

'La croix "carolingienne" dite de Saint-Maur, photo P.Catala

 

[Vers 860, Odon de Glanfeuil, abbé soucieux de promouvoir son abbaye en lui inventant d'illustres origines, rédigea une "Vita Mauri", vie de Saint Maur, qui fut un disciple de Saint Benoît. D'après Odon de Glanfeuil, Saint Maur vint en Gaule, où il introduisit la célèbre règle bénédictine.]

La légende de saint Maur :

Né à Rome en 512, Maur est accueilli, à l'âge de 12 ans, par saint Benoît à Subiaco. Trois faits singuliers permettent de remarquer saint Maur : il sauve son compagnon Placide en marchant sur l'eau, il guérit un enfant boiteux et muet, il est puni par son maître pour s'être réjoui de la mort de Florentius, persécuteur de la communauté. Le pseudo-Fauste, reprenant ici le fil interrompu par saint Grégoire le Grand, fait partir en mission Maur et quelques moines en direction d'Orléans, en réponse à l'appel de saint Innocent, évêque du Mans. En route, l'occasion est donnée à Maur de rendre la vue à un enfant aveugle et de guérir Sergius dont la jambe avait été écrasée par un rocher. Parvenu à Orléans, il apprend la mort d'Innocent et doit composer. Protégé du roi Théodebert, il est accueilli en Anjou par le comte Florus qui autorise son installation. Quatre oratoires sont érigés en huit années et placés sous les vocables de Saint-Martin, Saint-Michel, Saint-Séverin et Saint-Pierre. Ils sont consacrés en 552 par Eutrope, évêque présumé d'Angers. Après 38 ans de direction du monastère, Maur se retire dans l'oratoire Saint-Martin. Une apparition du Diable lui fait connaître la fin programmée de la communauté. Il s'éteint le 15 janvier 583, âgé de 72 ans.

 

Les apparitions de saint Maur :

Saint protecteur mais également vindicatif, Maur apparaît à plusieurs reprises pour punir les persécuteurs de son abbaye. Les chroniques en rapportent trois circonstances. La plus connue évoque la triste fin du guerrier Gaidulphe (ou Rainfroy). Ayant reçu de Charles Martel l'abbaye comme récompense pour ses faits d'armes, il n'a de cesse d'en chasser les moines et d'en démolir les bâtiments. Une apparition vengeresse de saint Maur, quelque cent cinquante ans après sa mort, mettra violemment fin à ses jours. Jehan de Bourdigné, au début du XVIe siècle, en fait un récit très imagé "Monseigneur sainct Maur (jà plus de cens L ans décédé) l'assaillit et suppédita, se mist sur son dos et espaulles comme s'il eust esté à cheval sur luy, et à grans coupz de pieds luy batoit les costez, jusques à griefve fraction et rompeure de ses boyaulx et entrailles, et d'une férulle luy frappoit grans coupz sur la teste, lesquelz luy causoient intollérable mal et douleur, tant que le malheureux Rainfray ne povoit réprimer sa voix que lamentablement ne proférast ces motz : 0 Maur, ô Maur, tu me occis" .

Un autre persécuteur des moines eut à payer d'une manière semblable ses exactions. Il s'agit du baron Wulfen, un seigneur du voisinage qui, attaché sans doute à l'ancienne religion, se faisait "un plaisir cruel de vexer les personnes vouées par profèssion au service de Dieu" (Dom Chamard). Il attira le courroux de saint Maur parce qu'il avait soustrait à ses moines tous les poissons que les pêcheurs d'alentour leur réservaient pendant la période du carême. Il périt rapidement d'un coup d'épée dans le ventre, non de la main du saint personnage, mais en conséquence logique de ses actes.

Un troisième récit met en scène un homme d'arme qui "porta l'insolence jusqu'à enlever de force tout le vin qui se trouvait alors dans les caves" (id.) de l'abbaye. Découvert, il voulu prendre la fuite en s'emparant d'une barque sur la Loire. Il commit alors l'irréparable en raillant le saint fondateur, pourtant disparu depuis plus de trois siècles. Une main puissante jaillit aussitôt de l'eau et l'entraîna sous les flots. Le corps du noyé ne fut retrouvé que trois jours plus tard "il avait le ventre déchiré, et ses intestins avaient été dévorés par les poissons du fleuve" (id.).

Ces trois récits d'apparitions mettent en évidence, à travers le thème du juste châtiment, le motif récurrent de la mort occasionnée par l'ouverture violente du ventre. Absent de la vie latine, ce motif semble caractériser le Maur gaulois.

Le culte de saint Maur :

Maur est le patron des charbonniers et des chaudronniers, lesquels ont en commun la couleur noire que leur confère leur activité. Ce choix s'explique très certainement par l'étymologie du nom de Maur : mauricus désignant un habitant de Mauritanie, noir de peau. Un Bois de Charbonnier s'étendait d'ailleurs sur le coteau, à l'est de l'abbaye.

L'iconographie lui donne pour attribut la bêche. Deux épisodes de sa vita le montrent ainsi tenant cet outil de travail, ce qui n'étonne guère de la part d'un moine bénédictin au Moyen Age. Il a ainsi été élu par la corporation des jardiniers par allusion, dit-on, à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés où reposèrent ses reliques. Une statue de saint Fiacre, autre patron des jardiniers, ornait jadis la chapelle Saint-Martin. Rappelons que lors de son exil volontaire en Angleterre, l'évêque d'Angers saint Maurille fut employé en qualité de jardinier dans la maison royale.

Saint Maur était invoqué par les boiteux et les goutteux. L'enfant muet et boiteux guéri par le moine au Mont Cassin et Sergius se relevant après qu'un rocher ait écrasé sa jambe sont sans doute à l'origine de ce culte. A ce propos, il faut signaler qu'une chapelle et un autel dédiés à saint Eutrope ont également été découverts dans l'église disparue du monastère. Pseudo-évêque d'Angers, ou prélat de Saintes, Eutrope, ou saint Estropi, était le patron des estropiés, sans doute par jeu paronymique.

Gargantua et saint Maur :

L'une des quatre chapelles érigées au Vle siècle était dédiée à saint Michel. C'était une haute tour carrée placée à l'entrée du monastère. Dans l'est du département, trois des dix prieurés ayant appartenu à l'abbaye de Saint-Maur sont en relation avec Gargantua : le Voide et les dégaillochées du géant, Faveraye et le Palet de Gargantua aux Noyers, Blaison et le Caquin de Gargantua à Gohier. Au-dessus de Glanfeuil, un chemin dit de Courgain relie l'abbaye au Thoureil et au village néolithique. Enfin, un épisode contenu dans la vita du Pseudo-Fauste nous apprend que Benoît, aurait donné à son disciple Maur, à l'occasion du départ de celui-ci pour la Gaule, "un fragment du manteau qui avait été déposé dans la grotte vénérable du Mont Gargan, si célèbre par l'apparition de saint Michel" (Dom Chamard).

LE PLAFOND HISTORIE DU CHATEAU DU PLESSIS-BOURRE A ECUILLE

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La salle des gardes, installée au premier étage, constitue un chef-d'oeuvre, très bien conservé, de l'iconographie de la fin du XVe siècle. L'une de ses propriétaires du XIXe siècle, Madame de Ruillé, l'aurait recouvert d'un enduit de plâtre afin de soustraire à la vue "le caractère indécent de certaines peintures".

Les scènes, représentées en grisaille sur fond bleu-vert, recouvrent entièrement le plafond de bois. Elles se répartissent en six grands caissons séparés de poutres elles-mêmes décorées de rinceaux. Chaque panneau étant subdivisé en quatre images, ce sont vingt-quatre tableaux historiés qui nous sont présentés. Ils témoignent de l'intérêt que cette fin du moyen âge portait aux "choses signifiées". On y retrouve nombre de motifs ailleurs sculptés dans le bois des miséricordes de stalles du même siècle, ou dans la pierre des chapiteaux des églises romanes.

Nous nous limitons ici à proposer un titre à ces images et à les présenter selon l'ordre de leur apparition au fur et à mesure que l'on progresse, en suivant les fenêtres du côté de la cour, en direction de la cheminée (caissons n°1 à 3), et que l'on s'en éloigne au retour, en longeant le mur donnant sur l'extérieur (caissons n°4 à 6).

Caisson n°1 :

1. Ane chantant la messe (?)

2. Deux béliers affrontés

3. Cerf au repos

4. Deux singes chevauchant un ours et sonnant de la trompette

Caisson n°2

5. La pisseuse à la fontaine

6. Femme chevauchant une tortue

7. Dragon et lion affrontés

8. La laie musicienne et la danse des

marcassins

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A la vue de ces merveilles, comment ne pas songer à ces petites boites appelées Silenes, dont Rabelais nous rappelle le double sens, dans son prologue à Gargantua : "Silènes estoient jadis petites boites, telle que voyons de présent ès bouticques des apothecaires, pinctes au-dessus de figures joyeuses et frivoles, comme de harpies, satyres, oysons bridez, lièvres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limonniers et aultres telles pinctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire (quel fut Silène, maistre du bon Bacchus) ; mais au dedans l'on réservoit les fines drogues comme baulme, ambre gris, amomon, musc, zivette, piereries et aultres choses précieuses."

De telles "choses précieuses" pourraient bien se trouver enfermées dans les caissons peints de la salle des gardes du Plessis-Bourré ...

 

Pascal Duplessis et Philippe Parrain

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